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Ma participation à la troisième Biennale de la Fondation d'art Cénac située à Soues (Grand Tarbes), qui aura lieu en
octobre 2010, est confirmée. Cette exposition
présente bien sûr les oeuvres de Marc Cénac ainsi que celles de huit artistes. Outre le
rayonnement que permet cet événement, j'aurai ainsi l'opportunité d'avoir une présentation de mon travail dans la revue "Arts Actualités Magazine". A cette occasion, j'envisage de
présenter certains de mes tableaux dans des encadrements "à l'américaine" (voir "Fleurs dans son cadre").
Cette présentation ajoute un plus à certaines composition en en valorisant les aspects graphiques (par exemple jeu de carrés et de cercles).
Mes toiles devaient s'intégrer dans des références plus larges, par la présence d'objets africains du quotidien : tabourets, instruments de
musique, bijoux, vêtements, aliments, etc., et de livres traitant des différents aspects de la culture du continent - avec un clin d'oeil pour les enfants.
Certains, plusieurs femmes en particulier, m'ont dit qu'elles redécouvraient là avec plaisir des aspects oubliés de leur
culture.
Comme toujours, j'ai dû répondre aux mêmes questions :Ce sont les encouragements de mes proches qui m'ont dans un premier temps incitée à utiliser certaines des mes toiles pour décorer le local d'une association. Je pensais ainsi améliorer l'accueil et l'ambiance par de la couleur, témoigner d'une attention aux personnes accueillies, en particulier aux femmes africaines qui ont gardé la mode du pagne et qui verraient là une reconnaissance de leur culture.
L'initiative fut très bien accueillie ; mais, quelle surprise, aucune Africaine n'a reconnu le tissu familier par-delà le motif
peint, alors même que certaines portaient le pagne fait du même tissu. Il a fallu qu'en riant je tienne un morceau de leur jupe, que je le rapproche de l'envers du tableau, pour que tout à coup
tout s'éclaire ; c'est encore une fois l'illustration du fait que l'on ne voit pas ce qu'on n'a pas appris à reconnaître. Le wax, c'est le pagne, un vêtement, impossible de le penser dans le
contexte européen du tableau. Alors donc j'avais peint sur le tissu de leur pagne ! Quel étonnement, et quel plaisir de reconnaître les wax coutumiers ! En remerciement, l'une d'elles m'a
apporté un morceau de tissu, j'y ai inscrit et offert "Les hortensias".
Première exposition (printemps 2005)
Les occasions s'enchaînent ; un responsable de
Maison de Quartier, passé par le local de l'association, me demande de faire une « vraie » exposition dans sa Maison de Quartier. Pourquoi non ? Premières affiches, premières
invitations, nouveaux encouragements, première commande ("Les fougères" : voir acryliques sur wax 1).
Deuxième exposition (juillet-septembre 2005)(voir acryliques sur wax 2)
Je quitte la Maison de Quartier pour un restaurant, le Relais, à la fois restaurant « cuisines du monde », centre de formation aux métiers de la restauration, et ancien atelier offrant ses murs aux expositions temporaires des artistes locaux : affiche plus professionnelle, invitation plus large, vernissage officiel. A cette occasion je rencontre Anne Grosfilley, anthropologue, auteure d'un ouvrage L'Afrique des textiles, et organisatrice d'une magnifique exposition sur les tissus africains à Rouen : de cette rencontre va naître un autre type de projet (v. l'article Le tissu comme métaphore et autres projets).
Encore une fois reconnaissance, étonnement, nouvelles commandes encore "Les fougères" (2ème édition), "Les iris", "Les chats", "Les coquelicots". J'établis une fourchette de prix qui tient compte des dimensions et du temps passé (entre 100 et 300 €).
Certaines toiles ont beaucoup de succès, j'accepte à l'occasion de reprendre le même motif dans la mesure où je peux retrouver le même tissu. Mais ce ne sera jamais exactement le même tableau. Certains wax sont suffisamment « classiques » pour que j'aie la chance de les retrouver ; d'autres resteront pièce unique
Troisième exposition (octobre 2006)(voir acryliques sur wax 3)
Cette fois, je veux prendre un risque différent. J'ai envie d'exposer
dans la France profonde, dans un petit village entre Poitou et Touraine, à Saint-Rémy-sur-Creuse (500 hab). C'est un succès : je suis invitée à reconduire l'opération à la demande des
habitants, « pour le plaisir de tous ». J'ai pu mesurer à cette occasion combien les petits villages sont dans l'attente d'évén
ements qui viennent rompre le quotidien, qui permettent de
retrouver une convivialité de voisinage, de quitter son chez soi et sa télé, de redécouvrir aussi un autre mode d'être au monde, celui du faire, d'exister à travers le faire. Je perçois que cette
attitude renoue avec ce qu'était, il y a encore peu de temps, dans le souvenir de chacun, le travail de l'ébéniste, du ferronnier, de la couturière : un travail d'artisan dont chacun
pouvait parler.
J'ai trouvé beaucoup d'intérêt à aller installer à domicile les tableaux achetés ("Les tournesols", "L'envol", "Les coquelicots avec chardons", "Les Tulipes", "L'essai").
Quatrième exposition, Pantin, septembre 2007 : voir acryliques sur wax 4.
Dans le cadre de la semaine de la solidarité internationale, j'ai participé avec mes tableaux et les wax non encore peints à l'expositionLe tissu
Ce sont des coupons de wax difficiles à trouver, car en principe le wax se vend en pièces de 6 yards (5,5 m) qui permettent de faire le pagne et la coiffe. Je les choisis selon mon humeur - d'autres me sont offerts et donc imposés d'une certaine façon.
La préparation
Quand j'achète le tissu je n'ai a priori aucune idée du thème ou motif que j'y intégrerai. Il faut pour cela que le tissu soit tendu dans son cadre en bois, centré en fonction des motifs et posé à la verticale.
Je passe un certain temps, de quelques jours à plusieurs mois dans d'autres cas, sans savoir ce que je vais faire. Je le regarde, le contemple, des images, des perceptions passent dans ma tête.
La réalisation
Une idée surgit, un thème s'impose, je prends mes pinceaux, je crée mes couleurs et je me lance. La composition se fait spontanément et évolue au fur et à mesure. Jamais je ne trace auparavant l'esquisse de quoi que ce soit : j'en ai déjà fait l'expérience et ce fut un échec, car mes pulsions successives ne correspondent plus au tracé de départ. L'erreur n'est pas possible; une fois posée la couleur est là - on peut en reprendre les contours, la transformer, la recouvrir, mais pas la faire disparaître.
Comment naît le dessin, le thème
Deux démarches d'ntégration :
1. De mes « plantes compagnes » dans le graphisme et les couleurs du tissu
C'est le tissu, comme je l'ai déjà dit, ma contrainte et mon fil conducteur. Mes sources d'inspiration, d'imaginaire, sont bien sûr les couleurs, le graphisme, l'ambiance évoquée par l'ensemble.
Le graphisme comme dominante :
Prenons par exemple les tournesols : la répartition des cercles systématiques tous tournés vers le regard du spectateur, le graphisme de cercles concentriques, les couleurs jaune et noir, m'ont évoqué très vite un champ de tournesols de la Touraine.
Les oies : là encore, le graphisme s'impose : derrière les éléments
bleus, surgissent les cous des oies ou des cygnes; les couleurs vertes et bleu rappellent l'eau et la nature.
La couleur comme dominante :
Par exemple les coquelicots : les couleurs bleu rouge jaune sont pour moi l'archétype du champ de blé d'autrefois - d'où mon
choix.
L'ambiance suggérée :
Exemple : lys et
bambous.
Les lunettes bleu évoquent un
regard sur l'eau. Le tracé marron sur fond jaune, des vaguelettes sur le sable : d'où la suggestion d'une vision à travers des végétaux d'un bord de lac.
Mais ce que je décris là est le résultat d'un travail d'analyse a posteriori. Très souvent au départ l'idée existe certes, mais ne prend corps qu'avec le geste, la main maniant les pinceaux et les couleurs jouant avec l'imprimé du tissu. Je ne comprends qu'après coup.
2. Le chemin inverse : du motif du tissu dans mon graphisme et mes couleurs.
Certains wax
isolent et magnifient certains motifs, en particulier animaliers.
Ces derniers sont à ce point centraux, que je ne puis faire autrement que de les intégrer dans de nouveaux fonds que je crée ; l'essentiel reste toujours l'harmonie, le jeu des couleurs et des formes.
Ci-contre : à l'origine de Breve rencontre
Je suis née dans une famille sans lien avec le monde de l'art, mais dans un environnement où la nature, les jardins, les plantes, les animaux étaient omniprésents. Pas la campagne de l'agriculture et des travaux des champs, mais la campagne refuge, plaisir, observations, bonheur. Ma mère avait la « main verte ».
Petite, j'ai eu envie d'apprendre à peindre,
mais il n'était pas question alors de me donner "une éducation bourgeoise". J'ai renoncé. Je n'ai ni dessiné ni peint, mais j'ai fait un herbier et j'ai toujours été entourée de chats et de
plantes.
Par une première alliance, j'intègre une famille d'artistes russes immigrés- la peinture y était passion et source de vie- , puis par une deuxième alliance une famille italienne où la peinture est culture, connaissance, histoire. Ma fille peint et j'en ai beaucoup de plaisir.
Et un jour très tard, à la retraite, en 2004, le charme du wax opère, et j'ai une envie très violente de m'inscrire dans ces tissus. Mon entourage m'a convaincue que ce que je faisais par plaisir pouvait aussi être agréable aux autres.
Je n'ai toujours pas appris à dessiner, mais j'aime le plaisir du
geste, du mouvement, de la couleur. J'entre alors dans un autre univers et une partie obscure de moi-même se met à vivre, mais il me faut être seule, je n'ai aucune envie de
m'inscrire dans un cours ou dans un atelier collectif. Quand je suis devant ma toile, seuls les chats ont droit de cité.
accueil
Quel meilleur support que le tissu pour valoriser les communautés locales, les femmes et leurs ateliers de couture, pour témoigner du potentiel créatif des jeunes stylistes et des jeunes créateurs, pour souligner que notre société, comme toute société ouverte, s’inspire des styles, des motifs, de l’esthétique, de l’art des autres cultures ! Regardons nos vêtements, notre ameublement, nos décorations intérieures et acceptons l’idée que nous nous enrichissons de tous ces emprunts. Par ailleurs, le tissu est une métaphore très riche : ne parle-t-on pas du tissu social, du fil conducteur, de trame d’un discours ? Alors pourquoi ne pas prendre le tissu comme cadre aux échanges, aux réflexions, à la parole, dont nous avons tant besoin dans notre département ?
Shonibare : un grand artiste
et le tissu
L’idée avance, un projet intercommunal se profile autour d’un lieu et d’un temps où l’on trouverait à la fois :
¤ des expositions de créations locales diverses : vêtements, accessoires, ameublement, décoration ;
¤ des expositions permettant un enrichissement culturel, exemple : l’Afrique des textiles, cultures, traditions, métiers, supervisée par une anthropologue (Anne Grosfilley) ;
¤ des espaces de discussion, mini-conférences, débats, sur différents thèmes, par exemple femmes, cultures et transmission des savoirs, parentalité, réflexions sur la violence des très jeunes, etc.
Nous en sommes à la mise sur pied d’un comité d’organisation. A ce jour, ce comité réunit des représentants des femmes relais, des directeurs d’animateurs des centres sociaux des différentes villes du département, des lycées professionnels de la Seine-Saint-Denis, et quelques laboratoires d’anthropologie. Tous réagissent très positivement à cette proposition, qui déjà mobilise et motive.
En attendant, j'ai participé au défilé de mode interculturel organisé à Bondy pour la fête de la ville, en intégrant une de mes toiles en arrière-fond des brillantes créations des jeunes danseurs et des stylistes. J’en ai eu beaucoup de plaisir.